INTRODUCTION
L'amour
et ses effets qui lient un couple ont dans notre société milles fonctions
: maintenance de la population humaine (biologie), stabilité psychologique,
partage de travail (économie), etc. L'amour s'organise. La discothèque, l'église
etc. sont des lieux qui justifient leur existence en propageant l'amour, chacun
à sa manière. En même temps ils reflètent la définition d'un système (social)
selon l'encyclopédie allemande Mayers Lexikon : ces lieux ont une structure
propre, permettent l'intégration de ses membres et maintiennent
une continuité. Les "participants" de ces structures sont
interdépendants. En outre, une limitation claire de l'environnement
peut affirmer une identité et permettre des relations régularisées
avec l'extérieur. Mais est-ce que nous pouvons cerner cette notion mystérieuse
qu'est l'amour par ces composants systématiques?
En
nos temps, le désir qui fait agir l'être humain peut bien être celui de se
découvrir, "se réaliser". Mais on parle également du désir de trouver
l'autre. Par conséquent, il y a l'amour propre/pour l'autre. Au sens large,
même d'assurer sa propre survie est une preuve d'amour pour son existence.
La conscience du choix de vivre qui définit si bien l'homme libre de ses actes,
permet de valoriser le "moi" au point qu'on vit pour lui comme s'il
était une valeur absolue. Si l'homme moderne se demande aujourd'hui pourquoi
il vit, est-ce qu'il ne se demande pas souvent : est-ce que cela vaut la peine
de vivre pour cette vie-là? Le questionnement a perdu une éthique des valeurs
absolues. On se demande cependant si l'on prend assez de plaisir à vivre.
Tout cela semble mécanique. Face à notre entourage social, nous semblons réagir
par des réflexes programmés d'avance : "je veux du plaisir, de l'argent,
des bonbons." Comment vivons-nous sans croire à la transcendance et en
mettant le Moi, l'Ici et le Maintenant à la place du Tout-puissant? Qu'est-ce
qu'est l'amour si la vie est le tout et dieu n'existe plus?
Le
point de vu de notre présentation est celui qui nous fait le plus possible
comprendre comment "l'amour fonctionne". Au départ, nous situons
la vie quelque part entre les pôles du fonctionnel et de l'irrationnel. Cette
hypothèse se fonde sur l'espoir que l'humain est plus et qu'un simple maillon
du systéme universel. Pour trouver cette autre chose, nous sommes parti de
la notion "amour" qui seule a encore l'aura de signifier cet aspect
recherché, d'être l'expression de "l'au-delà".
Trois
interviews reflètent trois "logiques de vivre", trois possibilités
d'intégrer "l'amour" théoriquement et pratiquement dans la conception
de la vie aujourd'hui. Nous avons recherché des réponses auprès de trois jeunes
femmes entre 22 et 28 ans qui proviennent toutes de familles éclatées et ont
fait des choix d'existences différents.
Nous
avons non seulement confronté nos problèmes et réflexions à des êtres humains,
mais aussi essayé de voir dans le paysage urbain un visage, un "être
urbain" qui est né des actes humains. A Rome, nous avons cherché à trouver
"des troues" dans un système, un système contradictoire, auto-eliminatoire;
peut-être pour prouver qu'il y a là de la vie, du désir, que nous trouvons
les traces d'une âme dans la ville, et ainsi dans notre vie en général. Il
s'agit précisément de considérer l'extérieur de la ville comme un sujet, de
voir si justement dans le fonctionnel se trouve, sinon l'irrationnel, au moins
des traces d'amour.
Nous
opposons alors l'organisation humaine à un organisme humain. Nous cherchons
les incohérences comme des "troues noirs" dans l'espoir de trouver
l'au-délà du fonctionnel et du systématique.
A
la recherche de la vérité, nous suivons une démarche empirique[2] et nous réfutons de trouver ou de prouver une théorie cohérente. Par
conséquent, la structure du dossier est déduite de ce qui a été dit pendant
les interviews et de ce que nous avons vu lors de la visite de la ville. Les
citations littéraires ne sont pas plus qu'un stimulant à la réflexion et ne
veulent pas faire office d'analyse. Ce dossier est alors une mise en perspective
d'affirmations orales et d'impressions urbaines.
[1]expérience
de cette vie/ ignorée : jusqu'à me faire déccouvrir/ cela que, en chacun,
fut le monde. Pasolini, P. P., Le ceneri di Gramsci, Milano, 1957, Garzanti.
[2]Cela nous semble tout à fait dans l'esprit de la problématique : notre
vie sans transcendance.