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oval > films > lettre du 10 mars  
   
 
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Film

Cette expérience nous a confronté à divers problèmes relatifs essentiellement à la structure grammaticale du langage : Comment transposer la première personne du singulier "je", la négation, l'intérrogation; le pronom impersonnel "on"...

Prenons pour exemple le premier film : visualisation de la lettre de Robert Cibis, réalisée par Barbara Letellier.

Il nous a été impossible de trouver une forme visuelle autonome pour signifier le "je".
Cependant; dans la mesure où le dispositif et le premier plan du film témoignent qu'il s'agit d'une correspondance entre deux personnes; il nous a semblé relativement pertinent dans ce contexte de jouer sur des plans sur l'un des destinataires pour figurer ce pronom. L'intention n'est pas de transcrire de façon exemplaire et absolu le "je", mais dans un certain contexte d'assumer qu'il s'agit d"une interprétation, d'une lecture de la lettre.
Afin de souligner qu'il s'agit d'une appropriation par le destinataire de la première personne du singulier; nous aurons recours à plusieurs reprises au regard caméra ; intégrant alors le spectateur dans une relation deïctique avec le protagoniste principal.

La forme intérrogative fut visualisée par le biais d'une figure spécifiquement cinématographique : le regard hors-champ. En effet, celui-ci appelle forcement la réponse d'un contre-champ à la manière d'une intérrogation.
Le montage de ce film étant dans son ensemble essentiellement "cut" ; sans raccord en champ contre-champ ; les plans étant pour la majorité autonomes entre-eux, cette figure pouvait ainsi tirer sa signification par l'exception de son utilisation.

Pour la négation, nous n'avons pas trouvé de forme visuelle suffisament expressive, sinon le recours à un code culturel communément admis : une croix renversée rayant l'image-idée à nier.

Le pronon personnel "on" fut envisagé par des figures exemplaires ne renvoyant non pas à une individualité propre - à la différence du "je"- mais à un ensemble de références précises. Prenons l'exemple du bébé qui pleure. L'idée littérale était de montrer la nécessité de dormir, mais aussi son impossibilité. Prendre un bébé perméttait de rendre compte à la fois du sens explicitement exprimé dans la phrase, mais aussi de celui sous-jacent au texte, à savoir l'idée de fragilité et le besoin de protection.

Face à ces problèmes grammaticaux, nous avons donc tenté de réfléchir au mieux à des formes figuratives qui en seraient l'équivalent. Bien sûr; ces solutions restent purement subjectives et ne peuvent prétendre à l'idée d'un langage de l'image qui serait universel, compréhensible pour tous. Chaque figure peut trouver une justification dans un contexte précis, mais sa signification n'en est pas moins autonome.
Cette constatation vaut d'ailleurs pour le film dans son ensemble.
En effet, il fut relativement difficile de visualiser des concepts aussi généraux comme "la vie", "la solitude", "le rêve","la vérité"...

D'abord, j'ai voulu rendre compte de l'intimité de la lecture de la lettre par des images relatives à ces conditions de lecture c'est-à-dire prendre la plupart des vues dans mon appartement.



La lettre de Barbara, que Robert Cibis mettait en images, est la suivante :

"Cher Robert,
J'ai comme l'impression qu'il y a déjà un certain essoufflement dans notre correspondance commencée depuis peu. C'est drôle, j'ai l'impression que les lettres se ressemblent comme le quotidien ; toujours le même trajet : le jardin des plantes, le manège allumé ou étaint, la même destination : la fac, les mês étages... et on pourrait filer la métaphore à l'infini.
Ca vient sûrement du fait qu'on ne" vit pas grand chose, une banalité qui varie au gré des saisons mais qui finalement reste la même. Dons pas grand chose à dire. Il faudrait peut-être parler alors de nos rêves, de nos envies de chose dans l'absolu degagé du réel, mais faidrait il seulement en avoir.
Les choses ne tiennent à rien. Il suffit de prendre l'autoroute direction Lyon. Tu longes l'usine à mort qu'est l'hôpital de Villjuif, longues cheminées : dernière étape avec l'enterrement et toi tu es loin, dans une voiture et pourtant à la fois si proche.
La mémoire a une force de sélection extraordinaire, on ne retient quasiment que les moments heureux, le reste est refoulé, extériorisé par instant par certains détails : je me ronge les ongles. C'est ça qui te permet de tenir, et d'y croire.
Et quand tu longes cette voie, c'est physiquement que tu te dis, comme envie de crier, la vie est vraiment jolie. Le problème c'est qu'en général on est des gens bien trop coincé qui ne savent pas jouir pleinement des instants. Toujours frustrés car frigides à tout ce que l'on fait comme par exemple le fait même de s'écrire.
Je t'embrasse Barbara."


La réalisation du film d'après cette lettre est antérieur à celle de Barbara. J'ai pu donc profiter de ses expériences. Le ton de la lettre et sa structure globale m'était plus important d'être repectés que le contenu de chaque phrase. C'est ainsi que la structure en paragraphes dans la lettre est respectée grâce à des plans noirs qui servent à séparer les unités de sens. Pour faire comprendre des propos abstraits et concrets, j'ai décidé de tenir un double discours par une distinction formelle : noir et blanc pour l'action, couleur pour sa signification, son interprétation. Ainsi il y a un propos concret qui est à comprendre dans un degré secondaire.
Une autre question fut : comment garder la cohérence du propos et comment exprimer le "je", pour que les images n'aient pas un champ de référence trop vaste? Ma solution était, me filmer en gros plan, comme si les images surgissait de mon imaginaire, et, de plus, filmer le début et la fin de la lettre originale pour donner la forme epistolaire au récit visuel. De cette façon, je voulais aussi assumer la subjectivité de l'adaptation. Je m'imaginais ce que le "je" de la lettre ressent, pense etc.


Première lettre (de Cécile) d'après le film :

"Cher Robert,
Je t'écris de Paris, en regardant de temps à autres, les toits. Peut-être un oiseau voyageur t'apportera-t-il cette lettre. Depuis que je suis ici, je me sens très opressé par tous ces gens, qui grouillent comme des fourmis, s'agitant sans arrêt. Je suis moi-même bien occupé, à écrire, et à t'écrire. Maintenant que tu es parti, l'agitation des gens m'a l'air différente.
Je repense à ce que tu me dis de ta solitude. Et du temps, qui passe pourtant si vite. N'oublie pas de regarder, de contempler la vie... les oiseaux dans le ciel.
J'aimerais bientôt pouvoir te rejoindre, prendre la voiture et foncer. Te sortir de tes idées sombres. Lève la tête! Ta situation n'est pas si terrible, que tu sembles le croire.
Tu me parles aussi de ton désir de te sentir plus libre, plus "fluide" si l'on peut dire. Rappelle-toi les moments passés ensemble, quand, enfants, nous jouions en toute insouciance. C'était si bon !
Enfin, ce sont là seulement quelques mots. Je te promets de venir le plus vite possible. Mais ne m'en veux pas s'il me faut quelques semaines.
Pense à ces fleurs, qui vont bientôt emplir ton jardin intérieur : la gaité est sur le pas de ta porte. Elle t'attend.

Je t'embrasse"


Deuxième lettre d'après le film par Stéfane :

"Cher Robert
Il y a déjà longtemps qu'on ne s'ait vu. Je suis désolée de ne pas t'avoir écrit plus tôt. Mais après plusieures lettres déchirées, je me décide enfin à t'envoyer celle-ci. Ici la vie suit son cour, les paysages sont toujours les mêmes, bien que le soleil fasse une timide apparition illuminant les toits parisiens.
Malgré tout, les oiseaux que j'ai dans la tête me permettent de m'évader de cette misérable chambre de bonne où je t'avais accueillé lors de ta visite et dont je garde un souvenir plus qu'ému.
Ce souvenir radieux que je garde dans ma mémoire et que me rappelle sans cesse des moments délicieux et drôles que nous avons passés ensemble. Rappelle-toi cette cohue, cette masse de gens semblable à un grouillement immonde de fourmis à laquelle nous échappions à la fraicheur de nos baisers. Et je t'ai vu partir un jour comme ces pions dont nous nous moquions tout.
Tu me dis dans ta dernière lettre avoir de merveilleux souvenirs, des couchers de soleil aux vols d'oiseaux migrateurs.
Pour une part je me rappelle aussi de nos interminables voyages sur des autoroutes inconnues qui nous emmenaient vers des cimetières, toujours un peu plus glacial. C'était bien là une de tes idées songeuses.
Mais je garde au fond de mon coeur des films de toi, enfant et une miriade de petites fleurs jaunes qui s'agitent comme autant de délicates pensées pour toi.

Je t'embrasse"


le "je"

Je n'avais donné aucune indication ni à Cécile ni à Stéfane sauf que j'ai mis en image une lettre.
Cécile connait mon prénom. Ainsi une lettre adressée à Robert ne peut pas être écrite par Robert qu'on voyait à l'image. Le "tu" remplace le "je". L'adaptation a donc réussi à établir une relation "toi-moi". Dans la lettre de Barbara, le "je" comme le "tu" voulais dire "je", par exemple : "c'est ça qui te permet de tenir et d'y croire. Et quand tu longes cette voie." Le "tu" raconte un événement que le "je" a vécu, mais que tout le monde pourrait vivre et veut dire également "on". Je trouve que filmer soi-même, ressemble dans le cas de mon adaptation filmique à ce "tu" de Barbara. L'auto-représentation fonctionne comme pivot de l'action et de la signification.
"

 


structure

Cécile l'a en effet pris comme telle. De plus, la séparation en paragraphes selon les images noirs est reprise par elle, à l'exception du cinquième qui est une projection de la part de l'interprète de la lettre ("Enfin ce sont là quelques mots...").
Stéfane, elle aussi, a repris la division en cinq paragraphes suggérée par les images noirs.


quelques exemples pour un parallèlisme en les trois lettres

En effet le film a réussi par moments à obtenir des ressemblances sur le fond du propos. Ainsi, j'essayait d'exprimer l'idée centrale du premier paragraphe de la lettre de Barbara, "le quotidien", par la foule des gens anonymes opposée à l'image symbolique des fourmis. Cécile a pris cette image pour de "l'agitation" qui est le propos central de son premier paragraphe. Stéfane, par contre, a compris l'intention : "Ici, la vie suit son cour, les parsages sont toujours les mêmes."
Cependant d'exprimer "l'essoufflement dans notre correspondance" par la répétition d'images de lettre, n'a pas réussi. Curieusement les deux lectures proposent des interprétations proches : "Je suis moi-même bien occupé, à écrire, et à t'écrire" (Cécile). "...après plusieures lettres déchirées, je me décide enfin à t'envoyer celle-ci" (Stéfane).

Ce qui m'intéressait dans le deuxième paragraphe de Barbara, était l'idée des rêves qui s'oppose à la banalité. Je voulais symboliser ces deux mots abstraits par le métro (falsifié par le mouvement de la caméra) et le vol d'oiseaux, filmés en couleurs. Ainsi la banalité, incarné par une station de métro défilant, voulait être la suite logique du quotidien, sous le sol, tandis que le vol d'oiseux est "dégagé du réel" (Barbara), dans les cieux. Cécile a lu "solitude" versus "contempler la vie", Stéfane "de merveilleux souvenirs". Malgré les différences, l'idée de s'évader, de sortir de soi-même se retrouve.
La partie la plus narrative dans la lettre de Barbara est adapté d'une façon relativement fidèle. Nous voyons l'hôpital de Villjuif dès l'autoroute et puis un cimétière. Barbara : "Tu longes l'usine à mort qu'est l'hôpital de Villjuif, longues cheminées : dernière étape avec l'enterrement..." Pour comprendre le film, il fallait visiblement reconnaître l'hôpital ce qu'aucun lecteur avait fait. Il est intéressant d'analyser les lectures du rapport entre la tête penchée et la voiture sur l'autoroute. Cécile voit le "je" dans la voiture qui "fonce" pour rejoindre le "tu" et "le sortir de (ses) idées sombres". Stéfane, cependant, prend ces images comme un souvenir.
Puis il m'intéressait d'exprimer "on ne retient quasiment que les moments heureux" : des enfants (dont moi-même dans un bassin). Cécil lit : Rappelle-toi eles moments passés ensemble, quand, enfants, nous jouions en toute insouciance. C'était si bon !" Stéfane, par contre : "je garde au fond de mon coeur des films de toi, enfant". Par les reflets de vagues d'eau qui entourne ce plan d'un film de famille scintillant, et par la justaposition de moi à trois ans et à 22 ans, l'opposition entre le présent et le passé a réussi.


projection du lecteur de film

Les lectures ne se fondent pas entièrement sur les images données. La lettre de Cécile est, quand même, très proche du film, c'est-à-dire, presque chaque phrase se laisse retrouver dans le film. Elle a seulement ajouté "Enfin, ce sont là seulement quelques mots. Je te promets de venir le plus vite possible. Mais ne m'en veux pas s'il me faut quelques semaines." Ces phrases proviennent peut-être d'une volonté de faire une lette plus "réaliste", plus normale. L'interprétation de Cécile comprend l'idée narrative que le "tu" est parti et que le "je" veux le rejoindre pour le consoler. Stéfane écrit une lettre d'amour où elle parle aussi de "la visite" du "tu" qui est parti maintenant (deuxième paragraphe). Les quatre derniers paragraphes sont des souvenirs du "tu" ou du "nous".

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